Interview du Dr Binhas

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Série d’interview auprès de spécialiste du monde dentaire et de l’orthodontie – Interview #1

Aujourd’hui, nous interrogeons le Dr Binhas, chirurgien dentiste et spécialiste en consulting dans le domaine dentaire

Bonjour Dr Binhas, pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Edmond Binhas et je suis chirurgien-dentiste. J’ai exercé à temps plein dans mon propre cabinet libéral durant une quinzaine d’années. Parallèlement, j’ai créé le groupe qui porte mon nom. Il s’agit d’une société de formation et de consulting spécialisée dans le monde dentaire et d’orthodontie. Nos formations portent sur l’organisation, la gestion, la communication et la stratégie de développement des cabinets. Plus généralement, notre objectif est d’améliorer l’efficience des équipes dentaire. L’objectif est tout à la fois

  1. daccroître la qualité des traitements,
  2. daccroître le service auprès des patients mais également
  3. d’assurer la pérennité des cabinets à long terme.

Le Groupe Edmond Binhas est actuellement composé de 18 personnes dont 9 consultants-formateurs à temps plein. Aujourd’hui nous sommes leader européen dans notre domaine.

Qu’est-ce qui été à l’origine de votre démarche ?

A la fin de mes études et durant de nombreuses années, j’ai été passionné par la clinique. Ainsi, j’ai suivi tout un cursus de formation qui m’a amené à obtenir, entre autres, 5 CES et DU ainsi qu’une thèse de recherche en 3e cycle. D’autre part, j’ai effectué 8 années d’enseignement à la Faculté de chirurgie dentaire de Marseille. Cependant, très rapidement j’ai pris conscience que le seul accroissement des compétences cliniques est insuffisant pour développer mon cabinet. J’ai même pris conscience que plus j’élevais mon niveau clinique et plus j’étais frustré. En effet, j’avais énormément de difficultés à appliquer dans mon cabinet tout ce que j’avais appris au cours de mes enseignements. Parallèlement, mon chiffre d’affaires ne se développait pas du tout à la hauteur de mon investissement en temps et en énergie. Aussi, j’ai commencé à m’intéresser aux différents domaines qui pouvaient me permettre de réaliser les traitements de la meilleure qualité possible tout en dégageant un niveau de revenus à la hauteur de l’énergie que j’avais mise dans mon cabinet. Ainsi je me suis d’abord fortement intéressé au domaine de l’ergonomie, à l’organisation non clinique du travail, à l’organisation de la gestion du stock et à la stérilisation. A cette époque, j’ai eu la chance de rédiger le premier ouvrage francophone dans ce domaine en collaboration avec le professeur Pierre Machtou. Cela m’a amené à réaliser toute une série de conférences sur le sujet de l’hygiène et de la stérilisation. En réalité, c’est au cours de ces conférences que j’ai constaté que de très nombreux confrères éprouvaient les mêmes difficultés que moi au sein de leur cabinet. C’est cela qui m’a amené à approfondir mes connaissances dans le domaine de l’organisation non clinique. A commencer par :

  1. la gestion du temps et l’organisation de l’agenda,
  2. la gestion du stress,
  3. le management,
  4. la cohésion d’équipe,
  5. la relation avec le patient et enfin la gestion financière.

 

Formation orthodontie - consulting dentaire

Optimisation de la communication avec les patients dans un cabinet dentaires #flexi-scripts

 

Afin d’enrichir ma culture dans ces domaines, j’ai visité un nombre incalculable de cabinets dans de très nombreux pays aussi bien en Europe que sur le continent américain. Mon objectif était de comprendre les meilleures pratiques. Au bout d’un certain nombre d’années, j’en ai fait une synthèse en les adaptant à la culture dentaire française si spécifique. Je les ai, bien entendu, dans un premier temps, appliquées dans mon cabinet avec des résultats spectaculaires. Par ailleurs, tout au long de mes conférences j’ai commencé à aborder ces aspects non cliniques. J’ai réalisé qu’en réalité ces aspects constituaient un domaine à part entière, une matière cohérente qu’il fallait aborder au même titre que n’importe quelle spécialité du monde dentaire. Je considère même qu’elle devrait être enseignée dans les Facultés. Ma formation scientifique m’a permis d’élaborer une méthode rationnelle de développement basée sur la qualité clinique, sur la qualité du service et sur l’efficience. La méthode que j’ai développée repose sur 3 piliers qui sont

  1. les systèmes,
  2. les scripts et
  3. les indicateurs d’activité.

J’ai la preuve aujourd’hui après 15 ans de recul que cette approche méthodique est vraiment la seule de nature à assurer la pérennité à long terme les cabinets libéraux. J’ai appelé ce concept la Flexigestion. Aujourd’hui le groupe Edmond Binhas a suivi près de 2500 cabinets dont plus de 300 cabinets d’orthodontie dans toute l’Europe francophone.

Quel est votre diagnostic de la situation actuelle et des tendances de marché ?

J’ai l’habitude de dire que nous vivons une époque moderne. J’entends par là que la profession est confrontée à une situation absolument inédite dans toute son histoire. Comme je le répète depuis maintenant plus de 15 ans, les challenges auxquels nous sommes confrontés exigent désormais de nous souplesse et créativité. C’est pourquoi le cabinet, tout en conservant l’éthique traditionnelle, doit être géré comme une véritable entreprise. Cela, contrairement à une croyance erronée, ne signifie aucunement oublier l’intérêt du patient ou la qualité des soins. Cela ne signifie pas non plus avoir l’obsession de la productivité et de la rentabilité. Cela signifie simplement assurer la pérennité de son cabinet à long terme afin d’assurer le gagne-pain aussi bien des assistantes que du praticien. Toute autre interprétation ne représente qu’un indicateur de résistance au changement et est de nature à entraîner une Ubérisation de notre profession.
Ceci dit, les praticiens libéraux sont confrontés à de nombreux challenges. Parmi ceux-ci indiquons :

  1. le changement de comportement des patients
  2. la prise en main du système de santé par les compagnies d’assurance et les réseaux de soins
  3. la concurrence voulue par l’État des centres dentaires
  4. l’accroissement des contraintes administratives sans oublier les évolutions techniques et technologiques.

J’ai pu constater que de plus en plus de chirurgiens-dentistes ont un sentiment d’isolement, de confusion et d’impuissance. A mes yeux, l’avenir passera inévitablement par le regroupement. Mais pas forcément de lieu plutôt en réseau. Il passera aussi par la formation continue des équipes dentaires, la gestion rationnelle des cabinets et l’apprentissage de techniques de communication et de services de haut niveau. Enfin le choix d’un positionnement spécifique et différent sera l’une des clés de la survie des cabinets. L’une des voies royales pour y parvenir sera la spécialisation dans un domaine bien précis.

apprendre orthodontie opportunites - Edmond Binhas

Qu’est-ce qui fait de l’Orthodontie une spécialité de choix à vos yeux ?

Les raisons de choisir la spécialité de l’orthodontie sont nombreuses :

  1. Evolution Concurrentielle – Face à l’évolution de la situation dans la profession dentaire, à l’avènement des centres dentaires et la nouvelle concurrence créée par les réseaux de soins, il devient une évidence pour les cabinets libéraux de se différencier.
    Cela peut se faire de différentes façons. D’une part par l’amélioration continue de la qualité des soins mais également de celle de la qualité du service.
    De l’autre est de choisir un positionnement très spécifique. C’est là que le choix de la spécialité s’avère être la meilleure option.
    Dans ce créneau, l’orthodontie est l’une des voies royales pour répondre à cette nouvelle problématique concurrentielle.
  2. Pénurie d’orthodontistes – Il y a un besoin important d’orthodontistes en France du fait de la pénurie. Il y a également un besoin d’une réelle compétence en profondeur pour traiter tous les types de cas.
  3. L’explosion de l’Orthodontie Adulte – Par ailleurs l’orthodontie est une société appelée à se développer encore plus avec l’explosion de  l’orthodontie adulte.
  4. Les technologies numériques – Enfin le développement des technologies et du numérique rend la discipline plus précise et très stimulante

L’ensemble de ces raisons fait que l’orthodontie est l’une des voies d’avenir des plus prometteuses.

Quel est le principal (ou les principaux) challenge d’un dentiste qui se spécialise en orthodontie ?

La plus grande difficulté à mes yeux réside dans la capacité du praticien à changer totalement d’état d’esprit. Il s’agit, en fait, véritablement d’exploser ses barrières mentales. J’ai toutefois constaté que même si la plupart des praticiens comprennent ce qu’il faut faire, l’énorme difficulté réside dans l’application pratique au quotidien.
En effet, le plus grand risque pour un chirurgien-dentiste qui se spécialise en orthodontie serait de conserver les habitudes de l’omnipratique. Celles-ci se révèlent totalement inadaptées dans une pratique orthodontique. Cela limite, par ce fait, le potentiel de développement du cabinet sans que le praticien puisse s’en rendre compte. En effet il peut avoir le sentiment du devoir accompli en toute bonne foi alors même que tout reste à faire. En réalité, il y a plus d’affinités entre l’exercice d’omnipratique et l’exercice vétérinaire qu’entre l’activité d’omnipratique et l’activité d’orthodontie. Il s’agit donc véritablement de changer de métier.
J’irai jusqu’à dire que les compétences nécessaires pour gérer un cabinet d’orthodontie sont les contraires de celles nécessaires pour gérer un cabinet d’omnipratique.
Le deuxième risque serait de croire qu’il suffit d’acquérir des compétences techniques en orthodontie pour voir son cabinet se développer en tant que spécialiste. Par exemple, la gestion d’un réseau de correspondants, la relation avec les enfants, le management d’une équipe plus importante constituent autant d’éléments clés de la réussite du cabinet d’orthodontie. 90 % du travail de nos consultants consiste à accompagner le praticien et les équipes dentaire dans ce changement d’état d’esprit. C’est pourquoi la mise en place d’une véritable formation clinique dans le cadre de l’apprentissage de l’Orthodontie, telle qu’elle est réalisée à l’ESO est plus qu’une différentiation intéressante : elle constitue une condition nécessaire à l’apprentissage de cette spécialité et à la capacité des futurs étudiants de transformer leurs pratiques avec succès ou encore de commencer leur nouveau exercice avec les compétences managériales nécessaires.

Ceci dit, pour les praticiens qui ont compris les enjeux d’aujourd’hui, j’affirme que les opportunités sont véritablement extraordinaires. Même aujourd’hui. Même en France !

 

 

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